Terrier

Terrier : « Ce qui se dégage de toute cette crise, c’est la solidarité qu’il y a dans le monde de la musique »

Terrier aime rappeler son attachement au FCN dont il fêté le dernier titre sur le terrain de la Beaujoire, en 2001 … Ce Vendéen d’origine a depuis fait du chemin, plutôt sur les scènes que sur les terrains de foot, jusqu’à sa sélection pour les iNOUïS du Printemps de Bourges en 2020 dans la catégorie « chanson ». Une case qui ne le dérange pas, lui qui aime les mots et apprécie particulièrement les écritures frontales. Comme pour beaucoup d’artistes émergents les comparaisons vont bon train, du talentueux anglais King Crule (pour le punk) à Fauve (pour l’écriture) dont il n’a pas apprécié plus que ça le travail. Terrier n’est tout simplement pas un amateur de musique française si ce n’est pour se divertir. Il apporte plutôt une affection à ce qui se fait aux USA ou de l’autre côté de la Manche où la prise de risque est bien plus présente. Hormis un faible pour Orelsan et son parcours, il serait donc davantage influencé, inconsciemment, par les Strokes ou les Kinks.

Dans ses paroles Terrier mise sur l’histoire de sa vie. Ses trois premiers single dont « L’hiver », sorti tout récemment, racontent ce qu’il est et suivent un chemin commun. Seule cette dernière sortie paraîtra sur son EP à venir courant mai chez Cinq 7 (Inüit, Kazy Lambist, Philippe Katerine, Dominique A, Las Aves etc.) qu’il a auto-produit. Côté scène, on ne va pas se risquer à annoncer une quelconque tournée pour le moment …

Terrier est un projet encore récent, peux-tu nous parler de tes débuts ?

J’ai toujours eu des groupes, où j’étais principalement bassiste. Je m’occupais aussi des machines en live. Et à côté j’avais mon activité de compositeur pour de la musique de films et de pubs. Le déclic s’est fait en 2019, j’étais en résidence avec mon ancien groupe. On était en compo pour un album mais ça s’est mal passé. La direction ne me convenait pas trop, j’ai tout plaqué et je suis parti en solo. Je me suis enfermé pendant des mois dans un studio sous-terrain, d’où le nom de Terrier en fait. J’ai composé un set de 40 minutes pour le live, c’est une chose que je voulais vraiment reprendre, les concerts. Il y avait forcément des défauts mais c’était cool. Le batteur de mon ancien groupe m’a accompagné sur scène et avec le temps on a affiné le set et ça a pris un bon tournant.

On te compare parfois à la pointure anglaise King Crule pour le côté punk. Penses-tu d’ailleurs que ce genre renaît un peu ces dernières années ?

C’est un style qui n’est jamais mort, il est juste peu médiatisé aujourd’hui. Personnellement, quand j’utilise le mot « punk » sur mon projet Terrier c’est plus pour la manière de penser que pour le style musical en soi. Ce mot peut évoquer plein de choses finalement. Chacun a sa manière de le définir.

En fonction de ce qui sort, il revient peut-être un peu plus sur le devant de la scène mais je ne crois pas qu’il y ait vraiment de changement marquant. Après, ces dernières années, je trouve qu’il y a beaucoup de choses très propres, très travaillées dans les projets qui sont sortis. J’imagine que l’avenir sera un peu plus « sale » avec des esthétiques underground. Ça ne m’étonnerait pas que deux-trois artistes français se démarquent comme ça.

Tu accordes de l’importance au texte. As-tu un peu étudié les grands noms de la chanson française, je pense à Bashung ou Renaud par exemple ?

Non pas du tout même s’il m’arrive de les reprendre le soir dans mon salon. A force, ça doit forcément un peu rentrer et m’influencer mais c’est plus de l’ordre de l’inconscient. Je n’ai pas consacré de moment pour vraiment me poser et décortiquer leurs morceaux si ce n’est pour Gainsbourg, au début. Je me suis vite rendu compte que ça ne m’aiderait pas trop dans le sens où ce n’est pas du tout mon style d’écriture. En me cherchant, j’ai fini par comprendre qu’il fallait que j’écrive naturellement, comme je parle. Je n’avais pas envie de me donner un genre. Celui dont je me rapprocherais le plus en terme d’écriture ce serait plutôt Orelsan mais davantage pour ses racines provinciales que pour son style à proprement dit.

Pour revenir sur ce dernier point, tu es originaire de Vendée mais aujourd’hui tu vis dans la capitale. Pourquoi as-tu fait ce choix ?

C’est un peu contre mon gré je dois te l’avouer. Ce n’est pas pour mon projet que je suis parti mais je travaille beaucoup sur des musiques de films et de pubs comme je te le disais tout à l’heure. Je n’avais pas vraiment le choix. Après, avec le temps, je sais que ce sera bénéfique pour Terrier. Tout est plus simple ici.

« L’image est très importante pour moi. Quand j’écris un son, je dois réussir à l’imaginer visuellement. Si ce n’est pas le cas, je ne le garde pas. »

Qu’est ce que tu veux transmettre à travers ton identité visuelle qui apparaît comme essentielle pour se démarquer aujourd’hui ?

J’aime bien le mélange entre le côté brut, par la voix, et le côté rêveur avec le voyage que permet la musique. C’est ce que je cherche à définir par mes pochettes et visuels. L’idée est de chercher l’effet « magazine » avec par exemple un bandeau rouge sur une photo en noir et blanc mais en plus « sale ». Tu tapes la pose comme sur Paris Match mais le rendu est plus crade, un peu moqueur. On s’inspire un peu de l’époque « Nouvelle Vague » française en le mixant au punk que rappelle le collage.

Je reviens un peu sur ta participation aux iNOUïS 2020 dans la catégorie « chanson ». Voici quelques noms qui t’ont précédé par le passé : Aloïse Sauvage, Malik Djoudi, Oré et Hervé. Qu’est-ce que t’évoquent ces artistes ?

Chaque parcours est assez différent dans les noms que tu as cité. Je suis assez fan du parcours de Malik Djoudi par exemple. Il est d’une modestie assez rare, il n’en fait jamais trop alors qu’il est incroyable. Il était aux Victoires de la Musique l’an dernier, il remplit ses concerts assez facilement. Ça donne forcément envie.

C’est marrant que tu me cites Oré, c’est une pote à moi. (rires) Beaucoup de galères au début mais c’est en train de prendre forme et c’est cool !

Aloïse Sauvage, ça m’excite un peu moins, c’est la machine Universal derrière. (rires)

Hervé, j’ai fait une première partie de lui. Il est adorable, c’est un pur mec, il se donne à fond, il a la dalle.

Terrier
Terrier © Valerian7000

« L’hiver » est sorti il y a quelques jours, que peux-tu nous dire sur ce nouveau single et ce qu’il représente ?

J’ai l’impression qu’il y a un fil rouge entre tous les titres. L’isolement revient souvent dans mes textes et aussi dans mes clips. Et l’hiver, c’est la saison qui représente le mieux cela. On se recentre beaucoup sur soi et on profite différemment, il y a des moments très agréables pendant cette saison que l’on ne retrouve pas le reste de l’année. Je trouve ça un peu facile d’encenser l’été et les beaux jours, je voulais aller à contre sens de cette idée car cela me correspond. C’est une saison que j’affectionne, on se sent bien chez soi, dans notre cocon. J’avais envie d’écrire là-dessus. C’est une de mes premières compositions quand j’ai commencé Terrier. C’est venu assez naturellement.

Le clip a été tourné en Suisse dans une station déserte. Était-ce un choix principalement symbolique ? Cela dénote un peu avec la majorité des hivers que tu as connu et la pluie que tu évoques dans le morceau.

Je cherchais quelque chose de très proche visuellement de l’univers de Fargo, la série Netflix. Un paysage glacial. Le côté esthétique était très important. On voulait quelque chose de grand, de beau. C’est un peu plus compliqué dans la campagne vendéenne sous la pluie. (rires) On a profité de la fermeture des stations de ski, c’était vraiment spécial, un silence intersidéral. C’est un complément du texte plus qu’une illustration.

L’image est très importante pour moi. Quand j’écris un son, je dois réussir à l’imaginer visuellement. Si ce n’est pas le cas, je ne le garde pas.

Nous sommes obligés de revenir sur la période que l’on traverse. Comment as-tu vécu / vis-tu ces moments difficiles pour le milieu artistique entre les annulations de concerts et le manque de soutien institutionnel ?

Je pense que j’ai pas mal de chance par rapport à d’autres artistes émergents. Mon équipe et mes proches m’ont vraiment soutenu, j’ai quand même pu faire quelques concerts dans des formats assis. J’ai eu pas mal de propositions, les gens avaient envie de monter des trucs entre les deux confinements, ça m’a touché.

« Les mesures ne sont pas du tout adaptées au monde du spectacle. Je ne me sens pas respecté par ces gens-là ».

Les studios de répétition sont restés ouverts donc j’ai pu travailler le set avec mon batteur. On a bien avancé sur les prochains clips, on produit dans l’ombre pour être prêts lorsque les vannes rouvriront.

Et puis ça m’a permis de prendre du recul sur ma situation car tout s’enchaînait très rapidement depuis mes débuts. J’ai eu pas mal de propositions professionnelles par rapport au projet, je trouvais ça démesuré. En fait, je n’étais pas prêt artistiquement parlant, sur la direction à prendre. Donc je me suis posé sur tout ça pour trouver les meilleures solutions et cadrer la suite des deux premiers morceaux sortis. J’ai fini par monter mon label pour ne pas avoir à choisir entre plusieurs maisons de disque. J’ai profité de ce temps pour ce côté administratif.

Mais bon c’est quand même compliqué. On n’a aucune vision pour les prochains mois. Les aides de l’Etat ne sont pas si belles que ça … Je n’y ai d’ailleurs pas le droit personnellement. Et il y a un fossé entre le gouvernement et notre milieu. Une programmation se monte 10 mois à l’avance et ça ils ne le comprennent pas. Les mesures ne sont pas du tout adaptées au monde du spectacle. Je ne me sens pas respecté par ces gens-là.

Ce qui se dégage de toute cette crise, c’est la solidarité qu’il y a dans le monde de la musique. Tout le monde a la peau dur et ça se voit. C’est rassurant d’avoir cette motivation collective, cela donne de l’espoir.

Quel est ton dernier coup de coeur musical ? Ton disque de confiné ? Et te dernier vinyle que tu as acheté ?

  • Terrenoire, c’est mon coup de coeur de 2020, c’est le meilleur album que j’ai entendu ces derniers mois.
  • J’ai passé mon premier confinement à me faire et me refaire The Eminem Show, un vrai classique.
  • Pour le vinyle, c’est un disque de Magma je crois mais j’avoue que ma platine prend un peu la poussière ! (rires)

EP au format vinyle bientôt disponible en précommande

Propos recueillis par Le Disquaire du Dimanche

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